SUR LA TENUE DE L’INFANTERIE EN 1786
Colonel (er) Pierre CARLES
Le musée de l’infanterie présente dans cette salle un mannequin portant la tenue reconstituée d’un fusilier du Régiment de Penthièvre en 1786. Les puristes de la muséologie pourront s’étonner d’une restitution d’uniforme, opération toujours délicate et sujette à critique.
Mais en l’absence d’effets authentiques de l’époque, il a paru intéressant de matérialiser l’aspect d’un fantassin à une date caractéristique. En s’entourant du maximum de garanties de véracité. Date caractéristique parce que le règlement sur l’uniforme de 1786 est le premier qui soit entré dans les moindres détails en s’appuyant sur des dessins de modèles à l’échelle pouvant servir à dresser des patrons.
C’est aussi celui qui a été appliqué à peu prés dans tous les régiments au fur et à mesure des remplacements et dont les dispositions sont restées en vigueur, à peu de choses prés. sous la Révolution pour la coupe des vêtements et jusqu’en 1801 en ce qui concerne l’équipement.
Par ailleurs, cette tenue parût alors comme l’aboutissement de plusieurs règlements antérieurs dont on avait tiré les leçons à l’usage, depuis que la mode prussienne s’était substituée à la coupe traditionnelle française. Cette tenue apparût comme la quasi perfection, comme le fusil modèle 1777 la représentait dans l’armement de l’infanterie.
La garantie de véracité reposa, lors de la confection de cet uniforme en 1971, d’abord sur le texte du règlement de 1786. Il existait alors, à l’Etablissement de l’Intendance du Val d’Or, un centre pour la formation des maîtres tailleurs, qui s’offrit à exécuter les vêtements.
Il demanda une garantie supplémentaire à la planche 8 de « L’Armée française, ses uniformes, son armement, son équipement » de Lucien Rousselot. L’uniforme de Penthièvre infanterie, 8le fut choisi probablement parce qu’il était le plus complètement représenté (1), sans consulter le conservateur de l’époque.
Si l’exécution fut très soigneuse, on ne put mettre la main sur des boutons de Penthièvre et on se rabattit sur des boutons blancs disponibles, hélas marqués du chiffre 35 et non 81 et, de plus, du modèle de 1803 et non de 1786. C’est un détail qui échappe à la quasi totalité des visiteurs, mais la rigueur historique oblige à reconnaître cette erreur.
Peut-être le lecteur sera t-il curieux de savoir comment un règlement d’uniforme était appliqué, à l’époque, dans les corps d’infanterie?
Il existe un type de document pour nous éclairer sur ce point, le Livre d’Ordres, que le chef de corps avait l’obligation de faire établir pour indiquer comment, dans son régiment, devaient être appliqués une ordonnance royale ou les ordres des officiers généraux. Il y avait un livre par compagnie en deux exemplaires « constamment gardés » par le capitaine et par le fourrier …(Bulletin 1er semestre 2000
N° 38)
(1) Habit blanc, revers et parement écarlate, boutons blancs aux armes du duc de Penthièvre.